De l’importance de la qualité des sols

De l’importance de la qualité des sols

“Alors ce concours ?” “Olala t’imagines même pas le bazar, le sol était tout pourri, trop profond, les chevaux n’arrivaient pas à sauter, c’était la cata !!!”

Ah oui tiens, pourquoi on fait tant attention à la qualité du sol quand on monte ? Pourquoi les carrières sont elles arrosées, damées, hersées … ? Pourquoi on nous dit de ne pas trotter sur du bitume ? Penchons nous aujourd’hui un peu sur la qualité des sols !

Première question, pourquoi une bonne qualité de sol est primordiale ?

Eh bien c’est primordial parce que quand le cheval réceptionne d’un obstacle il peut mettre jusqu’à 4 fois son poids sur l’antérieur qui se pose en premier. Ca peut représenter plus de 2 tonnes, et dans ces cas là on frôle la limite de capacité limite d’encaissement des tendons [1]. Autant vous dire que pour encaisser ce choc, les tendons seuls, malgré leurs grandes performances, ne suffisent pas, et il vaut mieux un bon système d’amortissement. Ca tombe bien, il y en a d’autres.

Avant que le tendon vienne à être mis en tension, la troisième phalange ainsi que l’os naviculaire vont venir s’enfoncer dans le coussinet plantaire. Le boulet va alors descendre vers le sol ce qui va entraîner une extension des tendons.

A la réception, les tendons peuvent atteindre leur capacité limite de chargement © Equisense

Le second amortisseur est plutôt un système externe. Cette fois-ci ce sont les talons qui sont des structures souples qui vont s’écarter pour permettre à la fourchette de s’écraser sous le pied pour amortir le poids du cheval. Ce phénomène ne se déroule pas qu’à l’obstacle mais aussi, dans une moindre mesure, à chaque fois que le pied se pose. On comprend alors l’importance de curer les pieds : non seulement l’amortisseur fonctionnerait moins bien mais un caillou en s’enfonçant pourrait blesser le cheval.

De même l’état de la corne est importante. Si celle-ci est trop hydratée (pied mou) alors elle perd sa capacité à porter du poids et à protéger les organes internes du pied. Au contraire, si la corne est trop sèche (pied dur), cela peut entraîner des fissures. D’où l’importance de bien graisser les pieds avec le produit adapté.

Cependant, ces amortisseurs sont limités et c’est là qu’entre en jeu la qualité du sol.

Bon, dites nous, c’est quoi un bon sol ?

C’est la question à laquelle a tenté de répondre le projet Sequisol [3]. Ce projet a comparé les effets de 10 pistes de trot différentes sur la locomotion du cheval. Pour cela ils ont enregistré plusieurs paramètres :

  • Force longitudinale : elle représente la façon dont le pied ralentit avant de s’arrêter complètement. 
  • Force verticale : elle représente le choc du membre sur le sol.
  • Le délai entre l’impact et le moment d’immobilisation du pied sur le sol

Ils ont considéré qu’un bon sol était un sol sur lequel le risque de lésions articulaires et tendineuses était le plus faible, et ça se traduit par par des forces verticales et longitudinales les plus faibles possibles.

Forces verticales lors du poser du pied [3]
A ce jeu là ce sont les pistes en sable fibré-huilé qui se sont avérées les meilleures. Elles sont les plus amortissantes. Elles présentent des forces longitudinales et verticales plus faibles que les autres pistes testées. Cependant, le pied mets plus de temps à s’immobiliser dans le sol ce qui donne l’impression d’une piste “plus lente”.

A l’inverse, le chemin dur qui a été testé a présenté les forces longitudinales les plus élevées. Ce qui parait normal puisque ce chemin n’est pas prévu pour le travail ni entretenu pour cela. Vous remarquerez d’ailleurs que ce chemin impose des forces quasiment 6 fois plus importantes qu’un bon sol. Et encore, c’est un chemin en terre, pas du bitume !!!! D’où la recommandation suivante : ne trottez pas sur la route !!!!

Enfin, l’entretien des sols est hyper important aussi. Si le sol n’est pas été travaillé (arrosé, damé et hersé) régulièrement ses propriétés mécaniques se dégradent. Un sol non entretenu sera trop profond. Le damer et l’arroser va permettre de le rendre plus compact et moins fuyant. Le fait de herser la piste va en revanche permettre à sa couche supérieure de ne pas être trop dure et réduit donc de manière assez importante le choc. Cette préparation permet donc un juste équilibre entre un sol trop profond et un sol trop dur.

Qu’est ce qu’on risque à travailler sur un mauvais sol ?

La même équipe de recherche s’est d’ailleurs penchée sur cette même question et le constat est sans appel : les chevaux qui travaillent toujours sur un mauvais sol finissent par avoir des problèmes osseux, articulaires et tendineux [4]

Ainsi, un sol dur peut être traumatique pour les articulations. Les chevaux de concours complet, par exemple, sont susceptible de galoper à grande vitesse sur des terrains secs et de passer des obstacles. Ils sont alors sujets au développement de ce qu’on appelle de l’ostéoarthrite qui correspond à la détérioration du cartilage de l’articulation [2] En effet, un sol trop dur va entraîner des problèmes articulaires parce que les forces verticales entraînées vont être largement supérieures à celles d’un bon sol. Les surfaces articulaires vont donc encaisser des chocs et des vibrations très importantes à chaque fois que le membre se pose, entraînant à la longue des gros problèmes osseux.

Au contraire, un sol trop mou ou trop profond va solliciter les tendons. Avec la répétition des efforts, le tendon va s’inflammer ce qui va devenir douloureux. Les forces longitudinales et verticales seront diminuées donc le sol sera amortissant mais la force nécessaire au cheval pour se propulser doit être plus importante [4] ce qui sollicite plus les muscles et les tendons. Cela crée donc un risque de tendinite. Il vous suffit de traverser à pied une carrière dont le sol est profond pour que vous compreniez la difficulté qu’ont les chevaux à se propulser quand ils ne peuvent pas avoir d’appui stable.

Vous voilà un peu mieux informé sur l’importance d’avoir des sols de qualité pour travailler. Le message que vous devez retenir c’est : attention aux sols durs qui sont très traumatisants, attention aux sols profonds qui sont très difficiles pour les chevaux, ne trottez pas sur la route. Et enfin arrosez damez et hersez vos carrières pour qu’elles soient les plus confortables pour vos chevaux !

 

A bientôt pour un prochain article
Alice Martinez & Camille Saute
Ingénieurs R&D chez Equisense

 

Bibliographie

[1] W. Back et H. M. Clayton, Equine Locomotion, Second Edi. 2013.

[2] Pratiques vétérinaires équine Vol. 43, 2011.

[3] Crevier-denoix, N., Robin, D., Pourcelot, P., Ravary, B., Falala, S., Valette, P., Chateau, H. (2009). Le Projet Sequisol : Évaluation Biomécanique De L’Effet Des Sols Équestres Sur L’Appareil Locomoteur Du Cheval the Sequisol Project : Biomechanical Evaluation of the Effects of Equestrian Track Surfaces on the Equine Locomotor System. Communication, (1), 133–143.

[4] Crevier-denoix, N., Effets biomécaniques des sols sur l’appareil locomoteur du cheval. [En ligne] (consulté le 02 juillet 2017) http://www.haras-nationaux.fr/information/accueil-equipaedia/soins-et-prevention/techniques-veterinaires/effet-biomecanique-des-sols.html?type=98&L=0

 

Page web du Projet Sequisol : http://www.vet-alfort.fr/web/fr/1122-sequisol.php

 


Une réaction au sujet de « De l’importance de la qualité des sols »

  1. Avez-vous étudié les forces verticales pour un cheval ferré avec des fers en acier ou des fers en plastique (Duplo par exemple) ? Je suis simple cavalier.

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