De l’importance de mesurer l’intensité de sa séance

De l’importance de mesurer l’intensité de sa séance

“Alors, grosse séance aujourd’hui ?” “Ah ouais, on a travaillé dur, j’en ai mouillé le t-shirt !” “Et ton cheval il a transpiré ?” “Euh non …”  

Que ce soit pour un cavalier amateur, un coach ou un cavalier de haut niveau, mesurer avec précision l’intensité du travail effectué par son cheval n’est pas une mince affaire. Nous sommes souvent biaisés par notre propre ressenti sur l’intensité de la séance sans forcément savoir ce que nous avons vraiment réalisé. Pourtant, mesurer et tenir compte de l’intensité des séances est primordial pour que l’entraînement porte ses fruits.

Publication originale : GP magazine – mai 2017

C’est quoi l’intensité d’une séance ?

L’intensité c’est un terme assez vaste et plutôt mal défini. L’une des définitions que l’on peut retenir est celle d’Eric Barrey (1992) : l’intensité c’est la dépense énergétique divisée par le temps 
Et c’est quoi la dépense énergétique ? C’est la quantité d’énergie que le corps du cheval aura dépensé pour réaliser l’exercice demandé. Très grossièrement, c’est le nombre de calories dépensées !
Donc une séance intense c’est une séance où le cheval va dépenser beaucoup de calories en un temps plutôt réduit. Exemple : un cross ! Par contre une promenade de 4h au pas sera moins intense à cause d’une dépense énergétique beaucoup plus faible étalé dans un temps plus long.

Pour autant, intense ou pas, la dépense énergétique pure est également très importante à prendre en compte.

Pourquoi c’est important ?

Et bien parce qu’une mauvaise gestion de l’intensité des séances peut avoir des conséquences indésirables sur la santé de nos chevaux ! Prenons quelques exemples de problèmes de santé liés à une mauvaise gestion de l’intensité du travail :

Pour commencer, le surpoids ! Sacré fléau. En effet, la nutrition et la problématique de l’intensité des séances sont très intimement liées puisqu’une mauvaise gestion du rapport entre la nutrition et l’intensité de l’entraînement peut très vite mener au surpoids. Sauf que qui dit surpoids dit blessures (tendons, articulations), fourbures et baisse des performances. Je vous renvoie à un article que j’avais écrit il y a quelques temps sur les problèmes liés au surpoids.

Ensuite, les myosites ! Ce qu’on appelle aussi Coup de sang ou Maladie du lundi ou Rhabdomyolyse. Souvent, les myosites sont dues à une irrégularité de l’intensité de l’entraînement, à un travail trop brutal, trop intense ou trop soutenu. Certains chevaux sont plus prédisposés aux myosites mais elles surviennent généralement à cause d’une mauvaise gestion de l’intensité et de l’alimentation, notamment une alimentation riche en glucides. Une myosite c’est en fait une accumulation très importante d’acide lactique dans les muscles qu’ils n’arrivent pas à évacuer. Les cellules musculaires finissent alors par se détruire en grande quantité. C’est d’ailleurs très douloureux et les chevaux finissent cloués sur place, incapables d’avancer, en suant à grosse goutte.

Les tendinites, atteintes articulaires ou fractures peuvent arriver également à cause d’un surentraînement. On sait par exemple qu’à la réception d’un obstacle, le premier antérieur à se poser peut être exposé à des force atteignant jusqu’à 4 fois le poids du cheval. On imagine facilement qu’un nombre trop répété de saut peut abîmer les tendons et les articulations du cheval. D’où l’importance de compter ses sauts !! 

© Equisense
© Equisense

Ensuite, sans parler de pathologie, la mesure de l’intensité est très importante pour la performance. Selon la discipline que l’on pratique, on ne vas pas entraîner de la même façon. En effet, les chevaux d’endurance et les chevaux de CSO ne sollicitent pas les mêmes types de fibres musculaires. Les chevaux d’endurance vont avoir besoin de muscles qui travaillent longtemps mais de manière non explosive, tandis que les chevaux de CSO ou de complet vont avoir besoin de leur explosivité sur des durées beaucoup plus courtes. Leurs muscles ne sont donc pas du tout fait pareils et ça se travaille au quotidien ! Je vous conseille d’ailleurs l’article “Comment l’entraînement modifie les muscles de nos chevaux ?” qui vous explique tout ça plus en détail.

 

Comment on fait concrètement pour mesurer l’intensité ?

L’intensité se mesure de plusieurs façons, notamment en passant par des paramètres physiologiques liés à la dépense énergétique. Il y a des méthodes invasives (prises de sang pour mesurer les lactates), des méthodes non invasives mais pas très pratiques et/ou qui ne marchent pas toujours très bien (VO2max, mais ça nécessite un gros masque sur le cheval et ça ne marche pas très bien) ou la fréquence cardiaque et des méthodes indirectes, notamment par la mesure simple du temps passé à chaque allure, du nombre de sauts, de la cadence et du rebond, ce qui est permis par Equisense Motion.

Exemple ici d’une « petite » séance d’obstacle par un cavalier professionnel.

Vous entrez dans une période plus calme où vous sautez moins et où vous passez moins de temps au galop ? Peut être allez vous pouvoir baisser la ration pour éviter le surpoids.

Ce week end votre cheval a fait 2 jours de paddock ? Lundi vous allez pouvoir vous fixer l’objectif de marcher 20 min avant de trotter 15 min et de ne galoper que 5 min, le tout pour lui éviter une myosite.

Vous prenez un cours particulier d’obstacle quelques jours avant un concours? Vous allez pouvoir consulter pendant le cours le nombre de sauts que vous avez fait pour vous assurer de ne pas dépasser le seuil de 30 que vous vous serez fixé au début avec votre coach pour limiter les risques d’atteintes et de fragilisation en vue du concours de dimanche.

Vous vous entraînez en vue d’une course d’endurance de 80km ? Vous allez pouvoir planifier vos entraînements avec un temps à chaque allure bien défini pour arriver à cet objectif très précisément.

 

Nous savons qu’il est très difficile de mesurer précisément le travail effectué pendant nos séances ! Sur les 2000 cavaliers qui montent avec Motion, la majorité d’entre eux passent plus de 50% du temps au pas. C’est une très bonne chose de travailler son cheval au pas … sauf quand on cherche à travailler le cardio par exemple ! Nous avons tendance à confondre temps passé et distance parcourue. Quand 10 tours de carrière au pas vont prendre 10 minutes, 10 tours de carrière au galop ne vont en prendre que 2 (chiffres totalement approximatifs). Et c’est ce qui nous donne l’impression de galoper beaucoup.

Évaluer l’effort de nos chevaux n’est pas évident pour le coach non plus ! On a eu l’occasion de tester ça lors d’un stage animé par Philippe Rozier lors duquel les 13 stagiaires étaient équipés d’Equisense Motion. À la fin de la séance d’obstacle, on lui a demandé s’il avait une idée du nombre de sauts qu’avait effectués ses élèves. Voilà sa réaction : « Je n’aurai jamais parié qu’on allait sauter entre 60 et 70 sauts pendant 1h30 ! ».

 

C’est parce qu’on a parfois du mal à contrôler notre frustration d’avoir un cheval un peu raide et qu’on a tendance à insister sans tenir compte des séances précédentes, c’est parce qu’on a tendance à préférer les chevaux “duveteux” aux chevaux “fit” qu’on les nourrit un peu plus sans tenir compte de la quantité de travail qu’ils fournissent, c’est parce qu’on n’a pas forcément conscience du temps qu’on passe à chaque allure ni du nombre de sauts effectués, que la mesure objective de ces paramètres est absolument primordiale pour maintenir un cheval dans de bonnes conditions physiques et en bonne santé.

 

A très vite pour un prochain article,

Camille Saute
Responsable R&D chez Equisense

 

Bibliographie

Authie E., Contribution à l’évaluation de la charge de travail des jeunes chevaux de concours complet d’équitation à l’entraînement et en compétition. Comparaison avec une population de chevaux de 7 ans. Thèse vétérinaire, Ecole vétérinaire d’Alfort, 2011.

Barrey E. Evaluation de l’aptitude sportive chez le cheval : application à la définition de critères précoces de sélection. INRA Productions animales, 1992, hs (hs), p.167-173.

Barrey E., Modélisation de la dépense énergétique du trotteur à l’entraînement et en course, Equathlon, vol. 5 n°19, 1993.

Barrey E. et al., Estimation de la dépense énergétique du trotteur à l’entraînement pour optimiser le rationnement, Equathlon, vol. 6 n°23, 1994.

Sloet van Oldruitenborgh-Oosterbaan M., et al., The workload of riding school horses during jumping, Equine Vet J, suppl 36, pp 93-97, 2006.  


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