Les pectoraux, ou comment j’ai fait faire des pompes à mon cheval

Les pectoraux, ou comment j’ai fait faire des pompes à mon cheval

« Sacrés pec’ ton cheval ! Tu lui as fait faire des pompes ou quoi ?” “Oui, comme à l’armée, quand il fait une bêtise il aligne 20 pompes ! Super efficace !”

Dialogue un peu surréaliste vu comme ça. Effectivement on parle beaucoup de la musculature de l’encolure, du dos, des abdos (maintenant que vous avez lu mon article à ce sujet), des fesses mais jamais des pectoraux. Et pourtant sans eux le cheval ne tiendrait tout simplement pas debout et c’est pas une blague ! Je vous explique pourquoi.

Parlons anatomie !

Vous commencez à y être coutumiers, l’anatomie est la base de tout ! Commençons par un peu d’ostéologie. Le cheval a une particularité d’une importance capitale : il n’a pas de clavicule !

“Oui enfin la clavicule ça sert pas à grand chose à part à être cassée quand on fait séparation de corps face à un arbre en cross !” (témoignage personnel – ça fait mal)

Fig 1. Notre épaule. La clavicule relie le membre supérieur au reste du corps
Fig 1. Notre épaule. La clavicule relie le membre supérieur au reste du corps. Chez le cheval ce sont uniquement des muscles qui font le lien. Source : Equisense

Et bien si, la clavicule est fondamentale, car c’est elle qui relie le membre supérieur au reste du squelette ! L’humérus (l’os du bras) est articulé avec la scapula (l’omoplate) et la scapula est reliée au reste du corps (au sternum en l’occurrence) par l’intermédiaire de la clavicule uniquement. Le reste des liaisons sont musculaires et pas osseuses.

 

Du coup chez le cheval qui n’a pas de clavicule, ses antérieurs ne sont reliés au reste de leur corps que par des chaînes musculaires. Sa tête, son encolure et son rachis thoracique sont comme “dans le vide”.

Pour ses postérieurs par contre, ils sont solidements rattachés à la colonne vertébrale grâce au bassin et plus particulièrement grâce à l’articulation sacro iliaque.

 

Et les pectoraux là dedans ?

Fig 2. Les muscles dentelés (en rouge) et les muscles pectoraux (en marron). Denoix (2014)
Fig 2. Les muscles dentelés (en rouge) et les muscles pectoraux (en marron). Source : Denoix (2014)

Et bien justement, ce sont eux qui “jouent le rôle de clavicule” et qui vont relier les antérieurs au tronc. En fait le terme “pectoraux” est assez vaste. On regroupe là dedans plusieurs muscles (schématisés en marron sur la fig 2) :

  • le muscle pectoral ascendant
  • le muscle pectoral transverse
  • le muscle pectoral descendant
  • le muscle subclavier (pectoral scapulaire)

Auxquels on doit rajouter les muscles dentelés (en rouge) :

  • le muscle dentelé du cou
  • le muscle dentelé ventral du thorax

Les muscles pectoraux et dentelés vont se fixer sur la face interne de la scapula et de l’humérus et vont se fixer sur les côtes ou sur le sternum. Ça va créer une sangle musculaire qui va permettre de porter le tronc entre les deux antérieurs. C’est d’ailleurs pour ça qu’on les appelle “muscles sustentateurs du tronc”.

Sur le dessin ci-dessous sur lequel la scapula a été enlevée, on voit très bien les muscles dentelés. Ils s’insèrent sur la face interne de la scapula (en haut) et viennent s’amarrer sur les dernières vertèbres cervicales et sur les premières côtes. Leur contraction va donc faire “remonter” le tronc et la base de l’encolure entre les deux antérieurs.

Fig 3. Les muscles dentelés du cou et dentelé ventral
Fig 3. Les muscles dentelés du cou et dentelé ventral. Source : Barone

Les pectoraux quant à eux sont en fait les muscles du poitrail ! Ils s’insèrent non pas sur la scapula mais sur le haut de l’humérus (le haut du bras, comme chez nous) et le relient au sternum. Leur rôle va être la sustentation du tronc comme les dentelés ils vont également avoir une action adductrice : ils vont permettre au cheval de ramener ses antérieurs vers l’intérieur.

 

Myo Arthro (57)
Fig 4. Les muscles pectoraux. Source : Barone
Photo 1. Les muscles pectoraux descendants et transverses
Photo 1. Les muscles pectoraux descendants et transverses. Source : Equisense

Ce groupe de muscles très puissants est prépondérant pour la légèreté de l’avant main. Les pectoraux sont les muscles qui entraînent cette sensation de “remontée du garrot” tandis que les dentelés eux vont permettre de remonter de la base de l’encolure pour adopter une attitude dite du « ramener ». Leur travail est dont indispensable pour une bonne qualité de rassembler. 

Petite anecdote : vous avez déjà remarqué que certains chevaux que l’on commence à travailler très tard (7-8 ans) grandissent un peu après plusieurs mois de travail ? Et bien c’est purement musculaire ! Avec le travail, les dentelés et les pectoraux se sont tonifiés et on fait remonter le buste entre les antérieurs, faisant gagner au cheval quelques petits cm au garrot !

Petit entracte sur les 3 types de contractions musculaires

Avant de vous donner des idées d’exercices de muscu pour les pectoraux de vos chevaux, il faut que je vous explique les 3 types de contractions musculaires.

  • la contraction concentrique

C’est la contraction “de base”, c’est à dire que le muscle se raccourcit et gagne en volume.

Prenez une bouteille d’eau dans la main et pliez votre avant-bras sur votre bras, vous verrez vos énormes biceps faire une contraction concentrique.

  • la contraction isométrique

C’est quand les insertions musculaires ne bougent pas, il n’y a ni raccourcissement ni élongation. L’attitude est figée. Il n’y a pas de déplacement.
Essayez de soulever une barre de 100kg, vous ne la ferez probablement pas bouger d’un centimètre et pourtant tous les muscles seront hyper contractés. Ils seront tous en contraction isométrique.

  • la contraction excentrique

C’est quand un muscle se contracte mais en s’allongeant. Il s’oppose au mouvement, il crée une résistance.
Reprenez votre bouteille d’eau dans votre main, pliez votre coude (contraction concentrique du biceps) puis dépliez le : votre biceps fait à ce moment là une contraction excentrique. Il s’étire quand vous dépliez le coude pour s’opposer au mouvement, il résiste.

L’idéal étant de combiner les 3 types de contractions quand on travaille la musculation. Cela étant dit, on peut passer aux exercices.

Du coup, à part les pompes, comment je peux les travailler ces muscles ?

La descente d’encolure

La descente d'encolure, très bon exercice de musculation pour les pectoraux et les abdominaux
Photo 2. La descente d’encolure, très bon exercice de musculation pour les pectoraux et les abdominaux. Source : Equisense

Et oui, comme pour les abdos ! En fait, en baissant sa tête dans un exercice dynamique (pas juste en broutant), l’avant main du cheval va se trouver surchargée. Les pectoraux et les dentelés vont donc se contracter de manière excentrique pour résister à la surcharge imposée, et donc se développer !

Une bonne raison pour commencer ou finir sa séance par 5-10 min de trot actif avec le nez vers le bas dans la décontraction !

Les déplacements latéraux

Dans ce cas là ce seront plutôt les pectoraux qui vont travailler et en contraction concentrique puisque, rappelez vous, ce sont des muscles adducteurs, ce sont eux qui permettent le croisement des antérieurs !
Sur un appuyer à droite par exemple, quand l’antérieur gauche passera devant l’antérieur droit, ce sont les pectoraux gauches qui permettent ce mouvement.

Vous pouvez travailler à peu près tous les déplacements latéraux (épaules en dedans, contre épaule, tête au mur, contre tête, appuyer, cession à la jambe, etc.) et sachez que ces mouvements de dressage aident aussi les chevaux d’obstacle puisque les pectoraux sont très utiles à l’obstacle, vous allez comprendre.

L’obstacle

Et oui, là encore, en sautant, vous travaillez la musculation des pectoraux !

A l’obstacle les pectoraux se contractent de deux manières. A l’appel ils se contractent de manière concentrique car ce sont eux qui engendrent le mouvement d’élévation de l’avant-main (remontée du garrot). Ensuite à la réception, ils vont se contracter de manière excentrique pour amortir la retombée du tronc entre les deux antérieurs. Ils vont permettre d’épargner un peu les articulations plus basses, puisque, souvenez vous à la réception d’un obstacle, le cheval peut encaisser des forces allant jusqu’à 4 fois son poids dans un seul antérieur, d’où l’intérêt de compter ses sauts pendant sa séance. Mais comme c’est pas facile, Equisense Motion le fait pour vous  😉

Photo 2. Trousser avec rapprochement des deux genoux. Les pectoraux descendants sont contractés. Source : Equisense
Photo 4. Trousser avec rapprochement des deux genoux. Les pectoraux descendants sont contractés.
Source : Equisense
Photo 3. Exemple de trousser sans contraction des pectoraux. Les deux genoux sont écartés.
Photo 3. Exemple de trousser sans contraction des pectoraux. Les deux genoux sont écartés. Source : Equisense

Aussi, les pectoraux (notamment le pectoral descendant) vont participer au « trousser », le moment où le cheval plie très fortement ses antérieurs au planer. Vous avez déjà remarqué que certains chevaux serrent légèrement les genoux au planer alors que d’autres les écartent ? Et bien ceux qui les serrent sont ceux qui contractent leurs pectoraux ! En effet comme je vous l’ai expliqué avant, les pectoraux avec leur action adductrice permettent de rapprocher les deux humérus de la ligne centrale. Au moment du trousser, si les pectoraux descendants sont contractés, ça va permettre une plus grande flexion dans antérieurs et un rapprochement des deux genoux.

 

Voilà comment “j’ai fait faire des pompes à mon cheval” ! En travaillant successivement les descentes d’encolure, le travail de deux pistes et en travaillant à l’obstacle ! Et croyez moi qu’après ça, il gagnera en légèreté de l’avant main. Peut être même gagnera-t-il en rebond ? Pour ça, Motion vous le dira !

A très vite pour un prochain article,

Camille Saute,
Directrice R&D chez Equisense.

 

Bibliographie

Barone R., Anatomie comparée des mammifères domestiques, Tome I : Ostéologie – atlas. Vigot, Paris, 1976, pl. 6 (p. 21).

Denoix J.M., Biomécanique et gymnastique du cheval, Vigot, Paris, 2014, 189 p.


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