Nourrir son cheval en fonction de ses besoins nutritionnels : un casse-tête ?

Nourrir son cheval en fonction de ses besoins nutritionnels : un casse-tête ?

Les premières preuves de domestication du cheval que nous ayons trouvées remontent à environ 5500 ans. En le domestiquant, nous avons changé son mode de vie (habitat, gestion de la reproduction,“exploitation physique”) et par voie de conséquence ses besoins alimentaires. Pour ce qui est de l’utilisation sportive que nous faisons du cheval aujourd’hui, comment être sûr que la ration qu’on lui donne est adaptée à ses besoins nutritionnels? Et comment pouvons-nous mieux objectiver l’intensité du travail afin de mieux évaluer ces mêmes besoins alimentaires ? Tout un programme…

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Cheval sauvage versus cheval domestiqué 🐴

J’ai un scoop (bon, vous m’excuserez, c’est un scoop 2018 😉), on a découvert qu’il ne restait plus aucun cheval sauvage à la surface de la Terre ! Et oui, une équipe de chercheurs a séquencé le génome du mythique cheval de Przewalski [1] pour s’apercevoir (non sans surprise) que ce dernier n’était pas le descendant de chevaux sauvages mais de chevaux domestiqués ayant échappé à leurs propriétaires… Aussi “triste” que cela puisse paraître, le cheval moderne est bien 100% issu de la domestication humaine 😳.

Pourquoi je vous dis cela ? Parce qu’évidemment, cela a des conséquences sur son mode de vie et sur son alimentation.  

Dans la nature, le cheval passe le plus clair de son temps à s’alimenter : environ 15h à 16h par jour ! Comment ça se passe ? Et bien, vous avez déjà sûrement observé votre équidé au pré : il se déplace lentement la tête au sol en broutant. Il passe environ 1 à 2h par jour à se déplacer pour changer de zone de pâture ou bien trouver de l’eau (il peut marcher jusqu’à 30 km par jour). Si l’herbe se raréfie ou que sa qualité nutritionnelle est médiocre, il peut augmenter son temps de pâturage et couvrir de longues distances (jusqu’à 80 km tout de même).

Mais vous l’avez compris, ce “dans la nature” n’existe pas en France 😕. En effet, nos chevaux domestiqués vivent au mieux 100% dans des prés clôturés et sont donc limités dans leurs déplacements et forcément dans le choix de leurs fourrages pâturés.

Mais alors, dans le contexte de domestication actuel, comment évaluer les besoins nutritionnels de votre cheval et lui donner une ration adaptée à son mode de vie ?

Les besoins d’entretien et de production du cheval domestiqué 🍽🐴

Pour quantifier ce dont le cheval a besoin nutritionnellement parlant, il faut bien comprendre les notions de besoins d’entretien et de production. Voyons à quoi ils correspondent.

⏩ Les besoins d’entretien correspondent à la dépense énergétique de l’organisme pour se maintenir en vie. Cette dernière permet d’assurer l’ensemble des fonctions vitales : respiration, digestion, élimination des déchets, thermorégulation, activités des différents organes etc. Ils dépendent du poids du cheval, mais aussi de son état corporel, de son sexe, de son tempérament, de sa santé ou même de facteurs environnementaux comme le climat.

⏩ Lorsque l’organisme est fortement sollicité (travail musculaire du cheval de sport, croissance du jeune, gestation et lactation de la poulinière), les besoins nutritionnels augmentent. On parle alors de besoins de production. Ils viennent s’additionner aux besoins d’entretien.

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C’est en raison de ces besoins de production qu’historiquement, l’Homme a commencé à nourrir les chevaux avec des céréales. Le cheval de travail et le cheval de guerre avaient une activité intense ! Il ne semble pas que leurs journées aient été très light, si vous voyez ce que je veux dire 😓.
Par conséquent, le recours aux céréales s’est imposé pour satisfaire un double objectif. D’abord augmenter les apports énergétiques. Ensuite limiter le temps de prise alimentaire. Vous imaginez bien qu’on ne pouvait pas laisser le temps à une monture de guerre d’ingérer tranquillement son foin jusqu’à satisfaire ses besoins nutritionnels avant une bataille 😑.

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🧬 Génétique quand tu nous tiens !

Là où les choses se compliquent, c’est que le métabolisme de base (et donc les besoins) varie selon les races. Par exemple, les poneys ont un métabolisme de base relativement faible et ont par conséquent des besoins énergétiques relativement bas. Bref, ils sont capables de se satisfaire d’un régime frugal. A l’inverse, les chevaux près du sang ont plutôt un métabolisme de base élevé avec des besoins d’entretien qui vont dans le même sens.

Ensuite, je ne vous apprends rien, nous ne sommes pas égaux… Il existe donc aussi des variations liées aux caractéristiques génétiques des individus. Ne me dîtes pas que vous n’avez jamais été agacé par ce type, vous savez, celui qui avale nonchalamment des tonnes de nourriture et qui ne prend pas un gramme alors que vous grossissez rien qu’en regardant votre dessert 😅! Et bien, chez les chevaux, c’est à peu près pareil.

Voyons maintenant comment calculer ces besoins nutritionnels pour les chevaux.

Vous avez dit UFC et MADC ? 🧐

Pour quantifier nos besoins énergétiques comme nos apports alimentaires, nous les humains utilisons la calorie. Pour le cheval, un autre système a été établi par l’INRA : l’Unité Fourragère Cheval (UFC). L’UFC correspond à la valeur énergétique d’un kilo d’orge standard (soit 2250 kcal d’énergie nette chez le cheval à l’entretien).

Pour ce qui est des protéines, elles doivent être avant tout digestibles pour être utiles au cheval sur le plan métabolique. C’est pourquoi l’INRA a proposé un système d’évaluation des besoins et des apports protéiques en Matières Azotées Digestibles Cheval (MADC). La mention “protéines brutes” apparaissant sur les étiquettes des sacs d’aliments est donc insuffisante !  En effet, elle comptabilise toutes les protéines, y compris celle qui ne sont métaboliquement pas utiles au cheval !

On peut relier les UFC et MADC à l’intensité de l’exercice : à chaque niveau de travail correspond un niveau de recommandations. Voici les apports alimentaires recommandés par l’INRA pour un cheval de selle de 500 kg :

table inra besoins nutritionnels besoins alimentaires cheval

 

Et la capacité d’ingestion dans tout ça ? 🍟

Une autre chose importante à prendre en compte, c’est la capacité qu’à votre cheval à ingérer un volume alimentaire donné. On appelle cela la capacité d’ingestion, qui correspond en fait au niveau de consommation volontaire du cheval.

C’est très important car cela définit le volume global de la ration et cela détermine donc la concentration nutritive nécessaire à la couverture des besoins. Pour vous donner une idée, chez un cheval adulte de 500 kg, elle peut varier de 8 à 12 kg MS (=matière sèche) par jour en fonction notamment de l’intensité du travail (10 kg MS en équivalent herbe de printemps = 50 kg et en équivalent foin = 12 kg !) .

C’est pour cela que pour les chevaux de sport ayant des besoins nutritionnels élevés, il faut formuler des aliments spécifiques qui concentrent les nutriments nécessaires (énergie, protéines, matières grasses, micronutriments) dans un volume alimentaire équilibré (ni trop restreint ni trop élevé).

📚 A lire aussi : Les 3 choses à éviter au moment de nourrir son cheval

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💡Adéquation entre ration et besoins nutritionnels : les erreurs à ne pas commettre

1) Mésestimer le fourrage :

Le fourrage joue un rôle indispensable sur le confort psychique du cheval mais pas que ! Il participe aussi à la couverture des besoins nutritionnels. La difficulté ? Le quantifier ! Il est indispensable de peser le foin pour pouvoir l’intégrer dans un calcul de ration. O a souvent l’impression de mettre plus que la réalité… De plus, la qualité du fourrage pâturé (herbe) comme conservé (foin) est bien entendu très hétérogène (et fluctuante au cours de l’année), comme vous pouvez le constater (valeurs INRA) :

UFC MADC (g)
Herbe printemps 0,86 102
Herbe hiver 0,6 40
Foin de Crau 0,6 57
Foin peu nutritif 0,45 13

Une analyse de fourrage permet d’obtenir ces valeurs et de s’en servir ensuite pour déterminer le complémentaire de fourrage le mieux adapté. Les techniciens Destrier sont équipés pour vous faire bénéficier de ces analyses.

2) Choisir un aliment seulement en fonction de l’étiquette et des ingrédients :

Lorsque les besoins en énergie, protéines, vitamines et minéraux ne sont pas totalement couverts par le fourrage, il faut choisir l’aliment le plus adapté. Souvent, le premier réflexe est de regarder les ingrédients et notamment les céréales utilisées. Pourtant, cette information n’est réellement utile que si vous ne souhaitez pas qu’un ingrédient entre dans la ration de votre cheval. Le deuxième réflexe est de regarder l’étiquette qui contient en réalité plus d’informations réglementaires que d’informations nutritionnelles utiles. Souvent, vous ne verrez pas apparaître les UFC et les MADC ! Référez-vous alors aux fiches techniques que les fabricants mettent à votre disposition sur internet. Pour faire un calcul de ration optimal, n’hésitez pas à demander à votre technicien local.

3) Détourner l’usage de l’aliment :

Gardez en tête qu’un aliment a été formulé pour une situation précise. Un aliment adulte ne sera pas assez riche en protéines pour une poulinière en lactation et vice versa pour un aliment élevage. A l’inverse, un aliment sport sera trop énergétique pour un cheval de club. Enfin, un aliment complémentaire de fourrage ET de céréales suppose aussi un apport de céréales dans la ration etc. Bref, respecter le mode d’emploi est le meilleur moyen d’être dans les clous d’un point de vue nutritionnel !

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La fréquence cardiaque, une clé importante ! 

La dernière difficulté quand on cherche à aller dans la précision de la ration réside dans la mesure de l’intensité de l’effort. En effet, vous l’avez remarqué, la table INRA ne précise que 4 niveaux d’efforts : très léger, léger, modéré et intense. C’est bien mais c’est surtout pas du tout objectif. 😅

Chez Equisense, c’est un petit casse-tête sur lequel on travaille depuis longtemps. Comment dire si son travail est léger, modéré ou intense ?

On pourrait dire que c’est le nombre de séance par semaine, mais ça n’est bien sûr pas suffisant. On pourrait dire que c’est le temps passé au galop par séance, mais pour certains chevaux, le petit galop n’est pas du tout un effort. Et puis à temps égal, l’intensité n’est pas la même entre un petit galop et un galop de cross. On pourrait continuer la liste comme ça pendant longtemps.

Le fait est que l’estimation de la dépense énergétique du cheval au travail ne peut se mesurer que grâce à un seul élément : la fréquence cardiaque. ❤️

En effet, une formule développée par des chercheurs permets de passer facilement de la fréquence cardiaque à la VO2 (le volume d’oxygène consommé) et enfin à l’énergie dépensée. Non pas en UFC mais en Calories pour le coup.

En mesurant la fréquence cardiaque au quotidien lors de l’entrainement, on peut donc avoir un suivi complet de l’énergie dépensée par le cheval, et donc catégoriser plus précisément le niveau d’intensité de l’entrainement, pour adapter la ration en conséquence !

C’est exactement pour cela que nous avons développé notre nouveau produit : Equisense Motion S, qui mesure, entre autres, la fréquence cardiaque et la dépense énergétique de votre cheval au travail !

L’alimentation c’est 80% d’invisible

Mettre en place un programme alimentaire calculé au plus près des besoins nutritionnels de son cheval en tenant compte de son niveau de travail est un gage de longévité sportive et vitale. Comme pour nous, l’alimentation du cheval, c’est 20% de visible (éclat de la robe et des crins, corne, score corporel) mais surtout 80% d’invisible (immunité, intégrité du système digestif, fertilité, statut ostéo-articulaire etc).

besoins nutritionnels cheval

Marine Slove & Camille Saute,

Vétérinaire et nutritionniste Destrier & directrice R&D Equisense


Bibliographie :
[1] V. Etienne, “Chamboule-tout dans les origines des chevaux”, Communiqué de presse du CNRS, 22 fév. 2018
Icones et images :
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Marine Slove
Mes études de vétérinaire équin, ma passion pour les sciences et la biologie et mon expérience sur le terrain en Normandie m'ont donné envie de partager toutes ces connaissances et retours d'expériences avec vous qui prenez soin de chevaux au quotidien.

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