La dermatite estivale : le casse-tête de l’été !

La dermatite estivale : le casse-tête de l’été !

Les propriétaires de chevaux atteints le savent bien, la dermatite (ou dermite) estivale récidivante des équidés (DERE) est un vrai fléau dont il est difficile de se débarrasser. L’été étant à présent bien installé, nous nous sommes dit qu’une piqûre de rappel (c’est le cas de le dire) sur cette maladie ne ferait de mal à personne.

 

“Culicoides, vous êtes déclaré coupable !”

L’agent causal de la maladie est un insecte très petit (1 à 3 mm) mais très vilain : un diptère du genre Culicoides. Pour faire simple, c’est une sorte de moucheron.

Le voici, l’animal (vu comme ça, il ne fait pas peur,et pourtant …) :

Pour tout vous dire, on en connaît environ 1000 espèces mais seul un petit nombre d’entre elles semblent impliqué dans la DERE [1]. Seules les femelles piquent (toujours la faute des filles 😉 ) et leurs repas sanguins sont espacés de quelques jours. Elles vivent 1 à 2 mois, pendant lesquels elles se reproduisent en pondant des oeufs en zone humide (mare, boue, bord de cours d’eau etc). Les larves s’y développent puis deviennent des adultes qui en général, s’éloignent peu des gîtes de reproduction (quelques centaines de mètres tout au plus) [1].

Les Culicoides ont une activité pratiquement toute l’année mais ils prolifèrent à partir de mars-avril et se raréfient en fin d’année. Cela explique le fait qu’on puisse avoir affaire à des cas de dermatite estivale … en plein hiver !

“Ca gratte docteur !”

Et oui, la DERE est une maladie fortement prurigineuse (le mot médical pour dire que ça démange !). En France, les lésions sont observées d’abord à la base de la crinière, sur la croupe et à la base de la queue. Puis, progressivement, ces lésions s’étendent sur l’encolure et gagnent le garrot, le dos et la face (parfois même les oreilles). Certaines espèces de Culicoides peuvent également provoquer des lésions ventrales et sur le poitrail.

La maladie débute par des petites papules qui démangent fortement le cheval. Que fait-il alors ? Il se gratte ! Et cela aggrave la situation : on commence à voir apparaître des poils cassés (qui finissent par tomber), de l’érythème voire des croûtes. Les crins s’emmêlent et se cassent également. La queue prend un aspect disgracieux de “queue de rat”. Le cheval peut devenir nerveux, voire difficile à monter. Imaginez votre humeur si vous étiez couvert de piqûres de moustiques pendant des mois : il y a de quoi devenir dingue ! Les frottements répétés du cheval qui se gratte par tous les moyens pour se soulager induisent l’apparition de nodules suintants, voire sanguinolents. C’est à ce moment là que des bactéries opportunistes peuvent venir infecter les lésions et provoquer une ulcération.

D’années en années, la peau s’épaissit (on appelle ça la lichénification) et les poils ne repoussent plus. Des plis importants peuvent se former à cause de la kératinisation de la peau (l’épiderme se gorge de kératine). On peut même observer une perte de poids, tant le cheval est stressé et passe plus de temps à se gratter qu’à s’alimenter.

Vous avez bien compris qu’il ne s’agit pas d’une maladie à prendre à la légère. Malheureusement, elle peut conduire à une euthanasie dans les cas les plus sévères.

“Ca revient tout le temps et c’est de pire en pire !”

En effet, malheureusement, il s’agit d’une maladie récidivante puisque dès les premières piqûres au printemps suivant, la maladie revient. La raison est simple, il s’agit d’une hypersensibilité, autrement appelée allergie. On n’en connaît d’ailleurs pas encore la totalité des mécanismes. Il y aurait d’abord une réaction allergique immédiate (20 minutes après la piqûre), la plus violente, puis plusieurs réactions allergiques retardées (entre 6h et 48h après la piqûre). Pour résumer le mécanisme pathogénique, voilà ce qu’il se passe : le Culicoide pique le cheval et libère un peu de salive dans son sang en prenant son repas sanguin. Cette salive est allergène, c’est à dire qu’elle est susceptible d’entraîner une réaction allergique chez les sujets hypersensibles. Elle contient ce qu’on appelle des antigènes, c’est à dire des molécules capable d’entraîner une réaction immunitaire de l’organisme du cheval. Le système immunitaire est activé et des anticorps viennent se fixer sur les antigènes salivaires.

Jusque là, rien d’anormal. Sauf que chez les sujets allergiques, la réaction immunitaire va être anormale et excessive. Des mécanismes complexes trop longs et compliqués à décrire ici se mettent en place et finalement, des médiateurs chimiques sont libérés et provoquent des réactions anormales : ce sont les symptômes de l’allergie (les petites papules prurigineuses dans le cas de la DERE).

Au début, la maladie est saisonnière. Elle apparaît au printemps, s’intensifie à l’été et régresse à l’automne et le cheval présente une période de rémission en hiver. Puis, au fil du temps et surtout si aucune mesure n’est prise, la maladie tend à s’aggraver : les périodes de crise durent plus de 6 mois. C’est un véritable cercle vicieux. Enfin, le cheval ne connaîtra plus de phases de rémission et la maladie s’exprimera malheureusement toute l’année. La régression spontanée (c’est à dire la disparition de la maladie) est possible mais extrêmement rare et on ne sait pas l’expliquer.

“Au secours, comment savoir si mon cheval est prédisposé ?”

A priori, vous ne pouvez pas vraiment savoir si votre cheval est prédisposé ou non. La transmission héréditaire est très fortement suspectée mais sauf à connaître les antécédents familiaux de son cheval, on ne peut pas présager de sa sensibilité vis à vis des Culicoïdes [1].

Pour ce qui est des prédispositions raciales, les avis divergent. Certains estiment qu’il n’y en a pas, d’autres estiment que les races suivantes sont prédisposées : Pur Sang Anglais, Arabe, Frison, trait Breton, Shire, Connemara, Shetland, Welsh. L’Islandais semble particulièrement touché. Les mâles et les femelles sont également touchés et la maladie débute le plus souvent lorsque le cheval a entre 1 et 3 ans [2].

Certains facteurs pourraient également favoriser la prédisposition, tels que des régimes hauts en protéines, le manque d’exercice ou la finesse de la peau [2]. Mais tout ceci reste incertain.

En fait, il faut retenir que la DERE est une maladie multifactorielle qui englobe hérédité et facteurs environnementaux. Comme pour de nombreuses autres maladies, il s’agit “d’un génome qui rencontre un environnement”.

“Dites-moi, il va guérir quand même ?”

Malheureusement, il n’y a pas de traitement curatif au sens qu’on ne peut pas guérir complètement le cheval. Il y a en revanche un traitement préventif qui va permettre d’agir avant l’apparition des troubles au printemps, et un traitement  symptomatique qui va traiter les symptômes de la maladie (mais pas la cause !).

Traitement préventif : [1,2,3]

Si vous savez que votre cheval est atteint par la maladie, il convient que vous preniez des mesures prophylactiques au printemps, tous les ans. Vous allez voir, ce n’est pas de la tarte ! L’objectif est de soustraire au maximum le cheval à ce qui déclenche la maladie, à savoir les Culicoides (il faut compter 3 semaines sans nouvelle piqûre d’insecte pour voir les symptômes disparaître [3]) :

  • Laissez dans la mesure du possible votre cheval au box (oui, ce n’est pas drôle), préférez les sorties avant 17h ou après 23h (17h-23h correspond à la période d’activité intense des Culicoides) et désinsectiser régulièrement l’écurie.
  • Au pré, offrez un abri ouvert et ombragé
  • Couvrez votre cheval d’une couverture moustiquaire à mailles serrées
  • Appliquez une lotion insecticide sur les poils du cheval.

A noter, l’action des insecticides est assez brève car diluée par la sueur du cheval. Il faut donc renouveler régulièrement les applications. Attention à respecter les indications de dilution ! Tous les ans, des chevaux arrivent en urgences chez les vétérinaires en intoxication.

  • Limitez l’accès aux points d’eaux et aux herbages humides
  • Au pré, changez quotidiennement l’eau de l’abreuvoir (si non automatique)
  • Limitez l’accès aux supports sur lesquels le cheval pourrait se frotter.
  • Utilisez régulièrement des produits insectifuges et insecticides (avec une base huileuse de préférence).

Attention tout de même à vérifier au préalable que votre cheval n’y est pas allergique (déposez un peu de produit sur le poitrail par exemple et vérifiez l’absence de réaction dans les 24h)

  • Diminuez l’apport en excès de protéines dans la ration alimentaire (ce n’est pas vraiment spécifique à la DERE, mais plus généralement lors d’affections dermatologiques).

Pour les deux derniers points, il convient de vous faire conseiller par votre vétérinaire traitant qui saura adapter le traitement au cas particulier de votre équidé. Je vous rappelle que malheureusement, en l’absence de traitement préventif, les lésions peuvent s’aggraver d’années en années et que la maladie peut devenir chronique.

Traitement symptomatique : [1,2,3]

Il convient de prendre en charge rapidement le cheval. L’objectif est de traiter les lésions mais aussi de contrôler les démangeaisons. Là encore, votre vétérinaire pourra vous conseiller sur les produits les mieux adaptés à votre cheval.

  • Appliquez des shampooings ou des solutions calmantes
  • Désinfectez les plaies

Votre vétérinaire pourra décider de mettre en place un traitement à base de corticoïdes à dose de charge, puis à dose dégressive pour éviter que le cheval ne se gratte mais le traitement reste risqué en raison des effets secondaires indésirables (immunosuppression, risque de fourbure).

Une désensibilisation à base d’injections de doses croissantes de l’allergène à intervalle régulier, demeure difficile à mettre en oeuvre en raison de la difficulté à obtenir cet allergène pur. Par ailleurs, les études cliniques sont partagées quant à l’efficacité de ce type de traitement [2]. Peut-être que les avancées scientifiques en la matière permettront un jour un traitement plus efficace.

“Bon, ben, il ne me reste plus qu’à le mettre à la reproduction …”

Et non, c’est raté ! Compte tenu de l’aspect héréditaire de la maladie, il vaut mieux écarter les chevaux de la reproduction. Il est souvent aisé de convaincre les propriétaires pour les mâles. En revanche, comme pour plein d’autres problèmes de santé, les propriétaires ont tendance à mettre une jument DERE (inexploitable au travail) à la reproduction. Malheureusement, son poulain aura des chances de présenter lui aussi la maladie.

 

A bientôt pour un prochain article.

Marine Slove
Vétérinaire et directrice produit chez Equisense

 

Bibliographie

[1] P. Bourdeau, “Dermatite Estivale récidivante des équidés”, Unité de parasitologie ENVN, 2009 dans G. Marignac, Unité d’Enseignement de Dermatologie de l’ENVA – Notes de cours”, 2010-2011.

[2] G. Fortier, F. Grosbois, L. Marnay « Dermite estivale récidivante des équidés », Equipaedia, 2014. [En ligne]. Disponible sur: http://www.haras-nationaux.fr/information/accueil-equipaedia/maladies/maladies-parasitaires/dermite-estivale.html [Consulté le: 24-juill-2017].

[3] F. Alario, « Enquête épidémiologique descriptive en dermatologie équine auprès des praticiens exerçant en France », Thèse pour le doctorat vétérinaire, ENVA, 2013.


2 réactions au sujet de « La dermatite estivale : le casse-tête de l’été ! »

  1. Ma jument a une dermite depuis plusieurs années je l’a traite également en interne. Plantes médicinales (ortie, bardane, soucie….) Je lui donne également du Ledum Palustre en homéopathie. C’est pas gagné mais il y a du mieux

  2. J’ai trouvé un produit qui marche bien, LE Dermios, appliqué régulièrement ça fait disparaître les symptômes et les crins repoussent ! Et l’année d’après il faut recommencer mais ça s’atténue bien, c’est vraiment un bon produit.

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