Le vrai-faux de la gourme !

Le vrai-faux de la gourme !

Un cas de gourme a été répertorié par le RESPE (Réseau d’Epidémio-Surveillance en Pathologie Equine) le 6 juillet dernier dans le Loir et Cher. Cette alerte ayant fait couler pas mal d’encre sur les réseaux sociaux, surtout avec les nombreux déplacements de chevaux pour les championnats à Lamotte-Beuvron, nous avons décidé de faire le point sur cette maladie. Voici un petit coup de pouce pour vous rassurer et vous aider à démêler le vrai du faux !

La gourme est un virus respiratoire

==> FAUX <==

Il s’agit en fait d’une bactérie. Et même d’une bactérie bien identifiée puisqu’elle porte le nom barbare de Streptococcus equi equi. Parfois, certaines bactéries s’installent après qu’un virus ait fragilisé l’immunité du cheval. En l’occurrence, ce méchant streptocoque est normalement absent des voies respiratoires supérieures du cheval et sa particularité est qu’il n’a pas besoin de cette primo-infection virale pour se développer [1].

La période d’incubation est comprise entre 2 et 6 jours [1]. Les chevaux atteints présentent généralement de la fièvre (>38,5°C), de la fatigue, de l’anorexie,  ils se mouchent (morve purulente … miam miam) et peuvent tousser. On observe également souvent une augmentation de taille des noeuds lymphatiques situés en regard de l’auge (“ganglions” sous-mandibulaires et rétro-pharyngiens). Tous ces symptômes durent en moyenne 23 jours [1].

Hypertrophie des noeuds lymphatiques sous-mandibulaires

Pour être sûr et certain qu’il s’agisse bien de la gourme (et pas d’une maladie respiratoire qui pourrait donner des symptômes approchants: grippe, rhinopneumonie etc), le vétérinaire réalise un écouvillon nasal (prélèvement de fluides ou de tissus dans le naseau à l’aide d’un “coton-tige” stérile) qu’il envoie au laboratoire. C’est le seul moyen de savoir si la bactérie qu’on cherche est bien présente.

C’est une maladie contagieuse

==> VRAI <==

C’est une maladie très contagieuse. Dans le passé, elle était même considérée comme un fléau : elle a notamment été très observée dans les effectifs de chevaux de l’armée [2]. Aujourd’hui et malgré les mesures plus importantes d’hygiène, elle est toujours présente en France et on la voit apparaître quand il y a circulation et concentration de chevaux.

La contamination se fait par contact direct (lorsqu’un cheval sain touche un cheval contaminé) ou indirect (lorsqu’un cheval sain touche un support contaminé : matériel, vêtements, aliments, litières, prairies souillés par des croûtes ou du pus séché). Le problème de cette bactérie, c’est qu’elle est assez résistante dans le milieu extérieur. Pour vous donner une idée, dans les conditions environnementales d’une écurie, les croûtes peuvent rester infestantes jusqu’à 3 semaines ! En plus, elle est capable de survivre plusieurs jours dans l’eau  [2]. Et pour couronner le tout, elle peut rester dans les nœuds lymphatiques d’un cheval plusieurs mois sans déclencher de symptômes : on appelle ces chevaux des “porteurs sains”.

C’est à cause de ce haut potentiel de contagion qu’il est indispensable de prendre des mesures d’hygiène drastiques [3] :

  • Isoler les chevaux malades
  • Utiliser des vêtements de protection (blouse, surbottes, gants) lors de la manipulation des chevaux malades car la bactérie est transportée sur les vêtements et les chaussures
  • Soigner et nourrir d’abord les chevaux sains, puis les chevaux suspects, et en dernier les chevaux malades
  • Se désinfecter les mains et les chaussures (si absences de surbottes) entre les chevaux
  • Séparer le matériel utilisé entre les groupes et le désinfecter entre les chevaux
  • Désinfecter régulièrement les boxes et détruire les litières souillées
  • Ne pas mettre de chevaux sains dans des prés contaminés pendant 3-4 semaines
  • Ne pas mettre le fumier sur les prés.

Il est essentiel d’isoler les chevaux malades jusqu’à guérison complète (c’est à dire disparition de tous les symptômes) et de mettre l’écurie en quarantaine (c’est à dire de supprimer dans la mesure du possible tous les déplacements de chevaux qui entrent ou sortent de l’établissement).

C’est une maladie dangereuse pour l’homme

==> FAUX <==

Pas de panique, même si la gourme est contagieuse, elle n’est pas une “zoonose”, c’est à dire une maladie qui se transmet de l’animal à l’être humain.

Vous entendrez peut-être parler de la transmission à l’homme d’une bactérie très proche de Streptococcus equi equi. Sachez qu’il n’existe que deux cas répertoriés dans le monde [4] et que cela touche les personnes dont le système immunitaire n’est pas totalement compétent (personnes âgés, enfants, femmes enceintes ou personnes malades). Ce n’est évidemment pas une raison pour pas se laver consciencieusement les mains après avoir manipulé un cheval atteint 😉

Les noeuds lymphatiques peuvent finir par se transformer en abcès

==> VRAI <==

Après inhalation ou ingestion par le cheval, les streptocoques adhèrent aux muqueuses puis migrent dans les circulations sanguine et lymphatique. Ils gagnent ensuite les nœuds lymphatiques (ganglions).

Noeuds lymphatiques profonds de la tête du cheval [5]
La bactérie commence alors à se multiplier. Pour faire face à cette attaque, le système immunitaire du cheval réagit en produisant des globules blancs qui affluent en quantité mais se retrouvent dans l’incapacité de détruire l’assaillant (car la bactérie est dotée d’un arsenal capable de désamorcer les défenses immunitaires). Cela provoque une hypertrophie des noeuds lymphatiques ainsi qu’une violente inflammation. Ces derniers deviennent peu à peu purulents et peuvent devenir des abcès et percer pour laisser échapper le pus. [2] Heureusement, on n’arrive pas toujours au stade de l’abcédation.

Beaucoup plus ennuyeux, les streptocoques peuvent également passer dans la circulation sanguine et être disséminés dans tout l’organisme, provoquant des abcès dans d’autres organes : ça s’appelle la “gourme bâtarde”.

La gourme est une maladie potentiellement mortelle

==> VRAI <==

Mais il ne faut pas s’affoler car la mortalité (pourcentage de décès par rapport au nombre d’animaux atteints) reste relativement faible (entre 1 et 10% selon les études). En effet, la gourme est une maladie qui peut engendrer de nombreuses complications. Parmis les plus fréquentes, on rencontre l’empyème (accumulation de pus dans les sinus et les poches gutturales), la gourme bâtarde dont on déjà parlé ou le cornage (le cheval se met alors à faire du bruit en respirant à cause d’une paralysie du larynx) [1]. Il est donc essentiel de faire appel à votre vétérinaire traitant dès les premiers symptômes afin qu’il puisse poser un diagnostic, mettre en place des mesures d’hygiène et un traitement qui soulagera le cheval et alerter le RESPE de la présence d’un foyer de la maladie.

Un cheval ne peut attraper la gourme qu’une seule fois

==> FAUX <==

Seuls 70% environs des chevaux réussissent à développer une immunité à long terme qui leur permettra de ne plus jamais contracter la maladie. Les 30% restant pourront à nouveau l’attraper [2].

Notons aussi qu’environ 10% des chevaux guéris restent “porteurs sains”, c’est à dire que la bactérie est présente chez eux mais que les symptômes ne sont plus présents [2].

Les antibiotiques sont obligatoires

==> FAUX <==

C’est vrai qu’on parle ici d’une bactérie donc automatiquement, on pense aux antibiotiques pour l’éradiquer. En réalité, l’administration d’antibiotiques peut nuire au renforcement de l’immunité du cheval [1]. Autrement dit, il vaut parfois mieux laisser faire l’immunité du cheval malade. Ne soyez donc pas surpris si votre vétérinaire ne met pas d’antibiotiques. C’est vraiment l’évaluation de l’état clinique du patient qui va lui permettre de décider s’il en administre ou pas car cela dépend de la forme et du stade de la maladie. Heureusement, les antibio-résistances sont encore assez rares avec cette bactérie [2].

Il existe un vaccin

==> VRAI <==

La vaccination démontre une efficacité réelle, bien que partielle. Le vaccin s’administre dans la lèvre. Il est important de ne pas vacciner de chevaux ayant été récemment en contact avec la bactérie, ou montrant des symptômes, car des réactions vaccinales sévères peuvent alors survenir. En cas de doute il faut faire des sérologies et ne pas vacciner les chevaux ayant déjà un taux élevé d’anticorps. La durée de l’immunité après le vaccin est d’1 à 2 ans [3]. Il faut donc renouveler le vaccin en fonction de la pression d’infection.

 

Vous avez à présent toutes les clefs en main pour détecter et bien réagir face à un éventuel cas de gourme dans votre écurie (ce que je ne vous souhaite pas bien entendu 🙂 ).

A bientôt pour un prochain article.

Marine Slove
Vétérinaire et directrice produit chez Equisense

 

Bibliographie

[1] S. M. Reed, W. M. Bayly, et D. C. Sellon, Equine Internal Medicine, Second edi. Saint Louis, Missouri, 2004.

[2] G. Fortier, J. L. Genain, I. Barrier, et F. Grosbois, « La gourme », Equipaedia, 2011. [En ligne]. Disponible sur: http://www.haras-nationaux.fr/information/accueil-equipaedia/maladies/maladies-infectieuses/gourme.html. [Consulté le: 12-juill-2017].

[3] « Que faire en cas de gourme ? », Clinique de Grosbois. [En ligne]. Disponible sur: http://www.cliniqueveterinairegrosbois.fr/que-faire-en-cas-de-gourme/. [Consulté le: 12-juill-2017].

[4] A. Meyer, L. Messer, et P. Moreau, « Quand le cheval éternue le cavalier a mal au dos ! Un deuxième cas rapporté d’infection humaine à Streptococcus equi subsp ruminatorum », in Congrès de la Société Française de Rhumatologie, 2010.

[5] R. Barone, Anatomie comparée des mammifères domestiques, Tome 2 – Arthrologie et myologie. Paris, France: Vigot, 1976.

 


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