Tout savoir sur le cornage

Tout savoir sur le cornage

Mais qu’est-ce que c’est que ce bruit !? C’est la première question qui nous vient à l’esprit quand on entend pour la première fois ce ronflement caractéristique qu’on appelle le cornage et qui fait ressembler votre cheval à une locomotive. Il s’agit en fait d’un trouble de la respiration dû à une mauvaise conformation des voies respiratoires. Ce bruit peut se révéler impressionnant pour le cavalier qui est généralement alerté le premier.

Mais quelle est sa cause ? Est-ce un handicap pour le cheval ? Et que faut-il faire ?

Le cheval ne peut respirer que par le nez

Contrairement à nous qui sommes capables de respirer par le nez et par la bouche, le cheval respire exclusivement par les naseaux. Ces derniers assurent le transport de l’air jusqu’aux poumons en le filtrant et en l’humidifiant.

Commençons par un peu d’anatomie pour que vous compreniez bien comment le cheval respire. Voyez la tête du cheval en coupe dans la longueur :

Anatomie des voies respiratoires supérieures du cheval [1]

LE LARYNX

Pour comprendre ce qui se passe, il faut regarder la conformation du larynx. C’est un organe cartilagineux qui assure la jonction entre le pharynx et la trachée et qui protège les cordes vocales (parce que oui, le cheval a lui aussi des cordes vocales, ce qui lui permet de hennir !).  Regardez à quoi ça ressemble quand on regarde le larynx d’un cheval de face avec une petite caméra au fond de sa gorge :

Les aryténoïdes sont deux petits cartilage qui peuvent pivoter par la contraction ou la relaxation des muscles : cela provoque soit le rapprochement (adduction) des cordes vocales lors du hennissement, soit leur écartement (abduction) pour permettre au cheval de faire entrer l’air dans sa trachée.

LE PHARYNX

Pour arriver aux poumons, l’air entre par les naseaux, arrive au pharynx avant de s’engouffrer dans le larynx, puis dans la trachée. Parallèlement, pour arriver à l’estomac, la nourriture est mâchée dans la bouche, puis doit passer elle aussi par le pharynx pour s’engouffrer dans l’oesophage. Voyez ici :

Trajets de l’air et de la nourriture

Donc l’air et la nourriture passent par le pharynx qui est le carrefour des voies respiratoires et digestives (matérialisé par le cercle orange). Sauf qu’il faut éviter les fausses routes (comme quand vous avalez de travers et qu’un peu de nourriture et de salive arrive dans votre trachée) ! C’est un orifice appelé “ostium intra-pharyngien” qui joue les aiguilleurs (vous le voyez en rouge sur le schéma au-dessus).

Regardez bien cette vue endoscopique sur laquelle on voit que le larynx passe au travers de l’ostium comme un bouton passe au travers d’une boutonnière :

Vue endoscopique du larynx à l’inspiration

Au moment de l’inspiration, la larynx s’ouvre bien grand (comme sur la photo) et l’épiglotte et les aryténoïdes se rabattent de part et d’autre de l’ostium pour mettre en continuité pharynx et larynx et permettre le passage de l’air jusqu’à la trachée. Le palais mou est alors abaissé : il bouche le passage qui va de la cavité buccale au pharynx comme vous le voyez ici :

A l’inverse, quand le cheval mange et avale, le palais mou se soulève pour laisser passer la nourriture. En même temps, l’entrée de la trachée se ferme grâce au larynx pour éviter la fausse route.  Ainsi, les aliments passe dans l’oesophage.

Ce n’est pas si facile à comprendre, j’en conviens… Chez l’homme, le palais mou est plus court que chez le cheval, son extrémité correspond à la luette (la partie rose que vous voyez pendre au fonde de votre gorge). Cette conformation du palais mou permet aux voies respiratoires de communiquer avec les voies digestives, c’est pour cela que vous pouvez respirer par la bouche. Chez le cheval, c’est différent car les deux espaces sont bien séparés comme vous avez pu le voir, ce qui n’autorise pas le cheval à respirer par la bouche. C’est une vraie contrainte pour lui à l’effort car il ne peut pas augmenter son débit respiratoire en respirant par la bouche, comme peuvent le faire les athlètes humains.

 

En plus, le nez du cheval est un peu “mal fichu” !

Par rapport à sa taille et à son poids, les voies respiratoires des équidés sont très étroites. Il s’agit de tubes soumis à des pressions et à des turbulences, ce qui induit une grande résistance lors du passage de l’air. Pour vous donner une idée, à chaque fois qu’on diminue par deux le rayon du “tube”, on multiplie par dix la résistance au passage de l’air, surtout en inspiration. L’apparition d’un bruit respiratoire à l’exercice est donc la manifestation clinique d’un phénomène d’obstruction au passage de l’air, qui entraîne des turbulences. Les cavités respiratoires font caisse de résonance et amplifient plus ou moins le bruit, le rendant audible dans certaines circonstances comme l’exercice [2].

 

Comment reconnaître un bruit de cornage ?

Le bruit est relativement caractéristique, même s’il varie en intensité et en timbre. On l’entend lorsqu’on met le cheval à l’effort, c’est à dire au trot ou au galop quand il va augmenter sa fréquence et son amplitude respiratoires pour pouvoir supporter l’effort .  

Selon le bruit, on peut avoir une idée de son origine (mais il faut reconnaître qu’il faut avoir une oreille très avertie) [3] :

  • Sifflement : bruit inspiratoire aigu en faveur d’une obstruction du pharynx
  • Ronflement : bruit inspiratoire grave en faveur d’une atteinte nasale
  • Râle : bruit court et grave en faveur d’une atteinte des cartilages aryténoïdes
  • Grognement : bruit grave et vibratoire en faveur d’une atteinte du palais

 

La paralysie laryngée, principale cause de cornage

La paralysie laryngée (aussi appelée hémiplégie laryngée ou neuropathie laryngée récurrente) est l’affection du larynx la plus diagnostiquée. Ce qui se passe c’est que le nerf qui permet la motricité de la quasi-totalité des muscles du larynx (nerf laryngé récurrent) est altéré, ce qui provoque une amyotrophie (= diminution du volume d’un muscle) du muscle crico-aryténoïdien qui n’est plus capable d’assurer l’ouverture du cartilage aryténoïde du côté correspondant lorsque le cheval inspire [3]. Voyez ici :

Paralysie laryngée gauche de grade II vue à l’endoscopie

Vous pouvez observer sur cette image l’asymétrie entre les deux aryténoïdes (à gauche de l’image, l’aryténoïde droit paraît plus haut ). L’aryténoïde gauche est ici affaissé.

Et y’a même en vidéo si vous voulez :

Dans plus de 90% des cas, le problème survient à gauche. On ne sait pas exactement pourquoi mais on a plusieurs hypothèses. Le nerf laryngé récurrent est divisé en deux branches droite et gauche, qui sont les branches nerveuses les plus longues de l’organisme (250 cm pour la branche gauche en moyenne, qui fait 30 cm à

40 cm de plus que la branche droite). Ces deux branches n’ont pas le même trajet et on suppose que ce serait la raison pour laquelle les paralysies seraient plus fréquentes à gauche. En fait, on suppose qu’il y aurait une plus grande tension exercée sur le nerf laryngé récurrent gauche lors de mouvements de l’encolure.

La plupart des chevaux souffrant de cette affection n’ont aucun signe clinique au repos (sauf parfois un hennissement bizarre). En revanche, ils présentent un ronflement inspiratoire qui apparaît à partir d’un certain degré d’exercice et augmente progressivement. Le problème, c’est que ça peut provoquer une intolérance à l’effort et donc des contre-performances en compétition. Imaginez qu’on vous ferme la bouche et qu’on vous obstrue une partie des narines lorsque vous faites un footing. Pas très pratique …

Les causes de la paralysie sont multiples [3] :

  • Cela peut arriver à la suite d’une injection périveineuse irritante quand on a mis un peu de produit autour de la veine jugulaire. Pourquoi ? Parce que le produit peut venir irriter le nerf laryngé récurrent. C’est d’ailleurs la principale cause des paralysies laryngées droites [2]
  • Un traumatisme ou une tumeur de la tête
  • Une mycose des poches gutturales
  • Une intoxication
  • Une complication de l’anesthésie générale, due à l’hyperextension de l’encolure ou à un mauvais positionnement de la tête lors de l’intervention chirurgicale.
  • Idiopathique ! Les vétérinaires adorent ce terme 😉 : il signifie tout simplement qu’on ne connaît pas la cause.

Le déplacement du palais, une autre cause connue

Le déplacement dorsal du voile du palais (DDVP) est une affection très fréquente, notamment chez le cheval de course. Que se passe-t-il dans ce cas là ? En fait, le bord du voile du palais mou passe au-dessus de l’épiglotte et se met à “flotter”, comme vous pouvez le voir sur cette image :

Entrée du larynx normal à gauche, DDVP à droite. Le palais mou (en bas de l’image) est passé par dessus l’épiglotte.

Cela rompt l’étanchéité entre voies respiratoires et voies digestives. Dans ces conditions, le cheval peut respirer par la bouche ! Lorsqu’il expire, l’air passe sous le voile du palais et se dirige vers la cavité buccale pour être expulsé. [3]

Les symptômes se manifestent au moment d’un effort intense.  On entend un bruit ronflant ou ressemblant à des gargouillis, surtout pendant l’expiration et le cheval peut même respirer bouche ouverte. Les chevaux peuvent arrêter brusquement leur effort.

Notons tout de même que certains chevaux présentent un déplacement seulement au repos mais pas du tout à l’effort. Dans ce cas, le DDVP n’est absolument pas gênant.

Le DDVP est une affection multifactorielle : les causes sont donc multiples. Retenez qu’il s’agit plus d’un problème neurologique plus qu’anatomique, la cause principale étant un dysfonctionnement de la musculature dû à une paralysie du palais mou qui devient alors flasque et susceptible de passer au-dessus de l’épiglotte.

Pour diminuer les effets de l’affection, il faut éviter de travailler le cheval en hyperflexion car c’est une position qui favorise le déplacement du palais mou.

Que faire ?

Il n’y a pas d’autre solution que de consulter votre vétérinaire traitant dès lors que vous entendez un bruit anormal. Lui seul va être en mesure de réaliser un examen approfondi et de faire des examens complémentaires pour poser un diagnostic sûr. Le diagnostic définitif se fait par laryngoscopie (c’est une endoscopie du larynx, c’est à dire qu’on rentre une petite caméra par le naseau pour aller voir ce qui se passe) au repos, puis à l’effort.

Il existe des traitements pour ces affections même s’ils sont relativement lourds. En effet, la paralysie laryngée s’opère sous anesthésie générale. Il existe plusieurs techniques chirurgicales dont l’objectif est de maintenir de manière permanente l’abduction du cartilage aryténoïde pour laisser passer l’air dans la trachée.

Pour le DDVP, il faut d’abord identifier les causes favorisantes et les traiter médicalement. On passe au traitement chirurgical si le traitement médical ne fonctionne pas.

Notons qu’il existe de nombreuses autres maladies aux noms barbares susceptibles de provoquer un cornage (la dysplasie laryngée, la chondrite des cartilages aryténoïdes, les kystes sous-épiglottiques, l’hyperplasie lymphoïde pharyngée etc), d’où la nécessité de consulter un vétérinaire. Nous n’avons traité ici que les deux plus fréquentes.

 

Attention, vice rédhibitoire lors d’une vente !

Le cornage chronique est considéré comme un vice rédhibitoire, c’est à dire que l’acheteur peut prétendre l’annulation de la vente ou au remboursement d’une partie du prix du cheval [4]. Il lui faut par contre agir dans les dix jours qui suivent la livraison du cheval (article R213-5 du Code Rural). Dans ce délai, il est conseillé de faire appel à un avocat qui saisira le Tribunal d’instance pour demander la nomination d’un expert.

Pour éviter ce genre d’écueil, une visite d’achat est recommandée.

 

A bientôt pour un prochain article.

Marine Slove
Vétérinaire et directrice produit chez Equisense

 

Bibliographie

[1] C. Menard, “Etude bibliographique comparée de la physiologie du coureur de fond et du cheval d’endurance : système cardiorespiratoire”,Thèse pour le doctorat vétérinaire, VetAgro Sup, 2014.

[2] A. Couroucé-Malblanc, “Le cornage : origine, diagnostic et traitement”, Equirencontres, Deauville 2016. [En ligne]. Disponible sur La Chaîne Santé: http://www.dailymotion.com/video/x51255u

[3] A. Virilli, « Principales affections pharyngées et laryngées chez le cheval de course : prévalence, facteurs de risque et impact sur les performances », Thèse pour le doctorat vétérinaire, ENVT, 2015.

[4] E. Manguin, “Etude de la prise en charge des affections respiratoires à l’origine de contre-performance chez le cheval trotteur”,Thèse pour le doctorat vétérinaire, VetAgro Sup, 2016.

[5] F. Grosbois, “La vente – Vices rédhibitoires”, Equipaedia 2014. [En ligne] Disponible sur : http://www.haras-nationaux.fr/information/accueil-equipaedia/reglementation/vente/vices-redhibitoires.html [Consulté le: 06-sept-2017].


Une réaction au sujet de « Tout savoir sur le cornage »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *