Les 5 choses à savoir sur les chaleurs des juments

Les 5 choses à savoir sur les chaleurs des juments

Ça y est, on est en avril. Et avec lui arrive le retour des chaleurs des juments et peut-être un certain nombre de comportements que vous aviez oublié pendant l’hiver. Et oui, votre “pisseuse” est de retour 😁. Plus sérieusement et comme vous êtes curieux, vous vous êtes sûrement déjà demandé à quoi tout ça pouvait bien correspondre, biologiquement parlant. Pourquoi les juments ont-elles des chaleurs, contrairement aux femmes ? Est-ce que vraiment, cela influe sur leur comportement ? Et pourquoi ces périodes ne se produisent-elles pas en continue toute l’année ?

Ah, ah, les mystères de la nature ! Après lecture de cet article, tout ceci n’aura plus aucun secret pour vous !

Tu ne te sens déjà pas très bien ? Tiens, voilà tes règles.

🧐 Ma jument a-t-elle un cycle, comme les femmes ?

Et oui mais avec une particularité en plus : la jument a une activité ovarienne cyclique saisonnière. C’est à dire qu’elle enchaîne les cycles mais uniquement pendant la “belle saison”, d’avril à octobre en général. Cependant, notons que certaines juments sont cyclées toute l’année, les règles de la nature n’étant jamais rigides.

Pendant la saison de reproduction, la jument alterne des phases de chaleurs (on appelle cela l’oestrus) pendant lesquelles elle accepte l’étalon, avec des phases dites d’interoestrus, pendant lesquelles elle refuse l’accouplement.

L’ovulation a lieu pendant l’oestrus et un cycle oestral correspond à l’intervalle entre 2 ovulations.

La durée moyenne du cycle est de 21 à 22 jours (avec des extrêmes allant de 18 à 24 jours). C’est la durée de l’oestrus qui augmente cette variabilité (en moyenne 4 à 7 jours avec des extrêmes allant de 2 à 15 jours !)

A l’inverse, je ne vous apprends rien, les femmes sont cyclées toute l’année, été comme hiver. Et chez nous, le cycle est en moyenne de 28 jours (avec des extrêmes allant de 23 à 35 jours).

La minute évolutionniste de Mr Darwin

La fertilité ininterrompue dans l’espèce humaine serait un avantage évolutif destiné à notre survie. 👍 En effet, le bébé humain, contrairement à l’immense majorité des autres mammifères, ne vient pas au monde autonome. Il nécessite des soins pendant de nombreux mois. En plus, les femmes n’ont la plupart du temps qu’un enfant à la fois. La capacité d’ovuler chaque mois et de se reproduire à n’importe quel moment de l’année a peut-être permis que l’espèce humaine puisse survivre à une époque où la mortalité maternelle et infantile était très élevée. Voilà, comme ça mesdames, vous savez pourquoi Dame Nature nous a donné ce formidable cadeau. (C’est du sarcasme 😅) 

🧐  Que se passe-t-il pendant le cycle des juments ?

Le cycle ovarien est constitué de 2 grandes phases :

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Le cycle ovarien ©Equisense

Phase #1 – La phase folliculaire

Pendant cette phase, un petit nombre d’ovocytes (correspondent au stade terminal de la fabrication de l’ovule) contenus dans les ovaires mûrissent à l’intérieur d’une petite poche qu’on nomme un follicule. C’est la période d’oestrus chez la jument (qui dure 4 à 7 jours). Pendant cette période, la jument accepte la saillie de l’étalon et son appareil reproductif est apte à la fécondation.

C’est à ce moment là que vous pouvez observer des signaux particuliers de jument dite “pisseuse” :

  • position campée
  • queue relevée
  • contractions vulvaires
  • jets d’urine
  • “clignotement” du clitoris

Votre jument exprime alors ses chaleurs et peut même avoir mal aux ovaires (soyez plus compréhensif avec elle 😉).

C’est très différent chez la femme puisque cette période est plus longue et ne se traduit pas par des signes visibles. Elle commence le premier jour des règles et dure en moyenne 14 jours. Lorsque la maturation est terminée, l’un des ovocytes est expulsé de son follicule et passe dans la trompe. C’est l’ovulation, qui a lieu à J3 à J5 chez la jument contre J14 chez la femme.

Phase #2 – La phase lutéale

Chez la jument, cette phase correspond à l’interoestrus. La jument refuse l’accouplement et son appareil reproducteur n’est plus apte à recevoir la fécondation. En revanche, il permet le développement d’un éventuel embryon.

Cette phase dure en moyenne 14 à 15 jour, comme chez nous. Pendant cette deuxième phase, les ovaires sont stimulés par une glande du cerveau (appelé l’hypophyse) pour produire des hormones qui vont préparer l’endomètre (revêtement intérieur de l’utérus) à recevoir un potentiel embryon.

Aussi, pendant cette phase, la jument n’exprime pas de signes particuliers. Ainsi, si mademoiselle est chatouilleuse ou impatiente, on ne peut pas le mettre sur le dos de son cycle 😄.

📚 A lire aussi : Le sevrage des poulains, une fausse bonne idée ?

Et les hormones dans tout ça ?

Je ne vais rien vous apprendre, tout le cycle est sous contrôle hormonal. Le déroulement régulier des cycles repose sur l’équilibre entre les hormones produites par le cerveau, les ovaires et l’utérus !

C’est assez complexe (même si vous avez vu ça en cours de SVT en 3ème et Terminale 🙃). Donc je vous la fait courte avec deux schémas :

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Régulation hormonale de la fonction ovarienne ©Equisense
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Comparaison des concentrations sanguines des hormones sexuelles cycle de la jument – cycle de la femme ©Equisense

Est-ce que toutes ces hormones influencent notre comportement et celui de nos chevaux ? Probablement oui… Dans quelle proportion ? C’est un vaste débat dans lequel je ne m’aventurerai pas… 😅

🧐 Mais alors les chaleurs de ma jument ne correspondent pas aux règles des femmes ?

En effet, vous avez tout compris, cela n’est pas du tout la même chose !

Les chaleurs d’une jument correspondent à l’oestrus, c’est à dire à la phase folliculaire des ovaires. Elles s’expriment par un certain nombre de comportements caractéristiques qui indiquent au mâles qu’elle est prête à être fécondée. Rien de tel chez la femme qui pendant sa période d’ovulation n’exprime pas de signes extérieurs visibles. Avouons que ça serait bizarre 😂.

Il n’y a pas de phase d’oestrus à proprement parler chez la femme, même s’il y a une phase folliculaire. Les hormones fabriquées par l’ovaire préparent l’ovulation et épaississent l’endomètre (la paroi intérieure de l’utérus). S’il n’y a pas de fécondation à ce moment-là, l’ovocyte meurt au bout d’une journée mais l’ovaire continue à fabriquer des hormones pendant environ 14 jours. Puis, ces hormones cessent d’être sécrétées et l’endomètre se détache pour être évacué : ce sont les règles (ou menstruations).

Evolution de l’endomètre chez la femme ©Equisense

Chez la jument, il n’y a pas de règles tout simplement parce que la muqueuse utérine ne vit pas de cycle. L’endomètre ne s’épaissit pas en prévision d’une hypothétique fécondation, il ne s’épaissira que s’il y a bel et bien fécondation ! En réalité, la plupart des mammifères sont comme les chevaux et n’ont pas de menstruation. C’est plutôt nous l’exception ! Seuls certains primates (grands singes), la musaraigne-éléphant et quelques espèces de chauves-souris sont comme nous. Et oui, pas de chance… 🤷‍♀️

Allez, je vous remets en parallèle le cycle ovarien, le cycle hormonal et le cycle menstruel que vous remettiez tout au clair dans votre tête :

Cycle entier chez la femme ©Equisense

La minute évolutionniste de Mr Darwin

Avoir des règles semble moins efficace pour le corps que de ne pas en avoir. Alors pourquoi les humains sont-il soumis à cette exigence biologique ???

Il y a plusieurs hypothèses évolutionnistes sur la question mais une étude de 2011 [D. Emera et al.] suggère une théorie intéressante. Cela résulterait d’un conflit mère-foetus. La mère et le fœtus ont une relation contradictoire. En effet, l’intérêt majeur de la mère est de survivre à sa grossesse pour pouvoir porter d’autres enfants. Le fœtus, quant à lui, s’accapare le corps de sa mère, parfois à son détriment.

Les règles seraient donc la conséquence d’une autodéfense. Les femmes fabriquent cette muqueuse utérine épaissie pour se protéger et s’isoler d’un embryon très “gourmand” et de son placenta “égoïste”. Nos embryons étant particulièrement invasifs, il serait trop tard pour nous d’attendre l’implantation. Cette barrière est donc préventive.

Encore mieux que ça : ce phénomène permettrait de sélectionner les individus viables. En effet, la muqueuse utérine permet de détecter les anomalies chromosomiques et de déclencher, le cas échéant, une fausse-couche. Il semblerait que Dame Nature ait plus d’un tour dans son sac ! 👌🏼

📚 A lire aussi : Comment débourrer son cheval en 4 semaines

🧐 Mais comment est-ce possible que le cycle de ma jument s’arrête en hiver ?

Quand je vous disais que Dame Nature en a sous le pied ! C’est la photopériode (la durée de l’éclairement journalier) qui, par le biais de la rétine, va agir directement sur le cycle.

Et oui, ça paraît dingue mais c’est possible grâce à la glande pinéale (toujours la même) située dans le cerveau. On n’en connaît pas tout le mécanisme à ce jour mais on sait qu’elle régule la sécrétion de mélatonine (vous savez, cette hormone qu’on prend pour les troubles du sommeil ou le décalage horaire), elle-même impliquée dans la régulation des hormones sexuelles.

Schématiquement, ça donne ça :

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Schéma simplifié de la régulation hormonale saisonnière du cycle de la jument ©Equisense

C’est pour ça que quand on veut faire des poulains plus tôt dans l’année (comme dans le monde des courses par exemple), on met les juments sous lampe pour augmenter artificiellement la photopériode et ainsi faire débuter leurs cycles plus tôt.

chaleurs des juments jument chaleur

J’espère que la lecture de cet article vous a autant passionné que moi lorsque je l’ai écrit.

A bientôt 😃
Marine Slove,
Vétérinaire 

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Bibliographie :
T. Blanchard, D. Varner, J. Schumacher, C. Love, S. Brinsko, S. Rigby, “Manuel de reproduction équine”, édition Maloine, 2005.
M. Winckler, “Tout ce que vous vouliez savoir sur les règles… sans jamais avoir osé le demander”, éditions Fleurus, collection “La santé en questions”, 2008.
D. Emera, R. Romero, G. Wagner G, “The evolution of menstruation: A new model for genetic assimilation”, Bioessays. 2012 Jan; 34(1): 26–35.
A. Margat, « La fertilité de la jument », Equipaedia, 2017. [En ligne]. Disponible sur : Equipaedia [Consulté le: 16-avril-2018].
Illustrations
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Marine Slove
Mes études de vétérinaire équin, ma passion pour les sciences et la biologie et mon expérience sur le terrain en Normandie m'ont donné envie de partager toutes ces connaissances et retours d'expériences avec vous qui prenez soin de chevaux au quotidien.

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Justine
Invité
Justine

Bonjour ! Super votre site, plein d’infos utiles et surtout d’explications claires 🙂 !
Question sur la photopériode : comment font les chevaux qui vivent proches de l’équateur où jours et nuits durent plus ou moins 12h toute l’année ? Comment s’habituerait un cheval qui vient d’un pays d’un climat tempéré et se retrouve dans un tel pays pour s’habituer ? Les juments ont-elles des cycles ovariens toute l’année dans ce cas ?

Vanessa
Invité
Vanessa

En Guyane les juments peuvent avoir des poulains toutes l année. Il n y a pas vraiment de période adéquate.

Evelyne Arits
Invité
Evelyne Arits

Bonjour,
Sans les règles, comment les juments expulsent-elles les ovules non fécondés ?

Emilie.dln
Invité
Emilie.dln

Bonjour, je me permet de vous répondre en fait les ovules non fécondés, comme chez la femme, ne sont pas expulsés par les règles mais sont détruits au sein de la trompe (lieu de la fécondation)

Caro
Invité
Caro

Bonjour, super post ! ça fait longtemps que je l’attendais 😉
une question subsiste : « Chez la jument, il n’y a pas de règles (…) L’endomètre ne s’épaissit pas en prévision d’une hypothétique fécondation, il ne s’épaissira que s’il y a bel et bien fécondation ! » pourtant l’effet de l’œstrogène est notamment d’épaissir l’utérus, n’est-ce pas? (cf schéma de la Régulation hormonale de la fonction ovarienne ©Equisense)
merci d’avance pour vos éclaircissement.

Virginie
Invité

Très intéressant et plein d’humour, j’adore.

Maud
Invité
Maud

très intéressant! merci pour ces explications :o)

Beauseroy
Invité
Beauseroy

Bonjour,
Article super intéressant1. Toutefois, je trouve que ce que vous dites sur le cycle de la femme n’est pas tout à fiait exact: au moment de l’ovulation, nous avons des signes visibles: la glaire cervicale qui s’épaissit et coule, la température corporelle qui augmente légèrement et Le col de l utérus qui change d’aspect.