Comment débourrer son cheval en 4 semaines

Comment débourrer son cheval en 4 semaines

Jusqu’à assez récemment, j’avais toujours associé “débourrage” à “sauts de mouton” et “ski nautique en longe” 🏄‍♂️. Jusqu’à ce que je découvre qu’avec une approche éthologique on pouvait débourrer son cheval dans le calme et la douceur. Pour témoigner de ça, j’ai fait appel à Sébastien Jaulin, éthologue et responsable du pôle Education au Haras de Hus. C’est lui qui est en charge de tous les débourrages des chevaux de l’élevage !

De l’éthologie au Haras de Hus ?

Oui, vous avez bien lu ! Le Haras de Hus a fait le choix de l’éthologie pour le débourrage de ses chevaux. Avec les résultats que l’on connaît ! Comme quoi haut niveau et éthologie sont compatibles 😉 L’idée était de maximiser le bien-être des chevaux pendant cette période cruciale. Et les résultats étant au rendez-vous, la pratique a perduré ! Grâce à cette méthode, les chevaux sortent du débourrage bien dans leur tête et aptes à une belle carrière sportive !

Pour preuve, je vous invite à regarder cette démonstration à laquelle j’ai pu assister les yeux ébahis à Saumur en 2016. C’est une jument de 5 ans, du Haras de Hus donc débourrée par Sébastien Jaulin. Elle est montée en dressage par Manuel Godin du Haras de la Cense, donc travaillée selon les principes d’éthologie. Vous comprendrez aisément pourquoi cette approche dès le débourrage présente des avantages non discutables.

En savoir plus : Les 10 principes d’éthologie à connaître absolument pour dresser un cheval

Voyons un peu plus en détail comment ça se passe au débourrage 🔍

Le débourrage du cheval, ça commence où et ça s’arrête où ?

D’après Wikipédia, la définition du débourrage c’est « Le débourrage consiste à amener le cheval à accepter une selle, un filet et un cavalier ou à accepter de tracter un véhicule (attelage), et à comprendre et exécuter des ordres de base. »

Pour Sébastien Jaulin, le débourrage du cheval est terminé quand le dressage de base est acquis. Cela signifie deux choses :

  1. Le cheval est capable d’aller en extérieur (forêt, route…) tout seul.
  2. En carrière il est capable de faire des cercles en répondant à la jambe intérieure, il sait faire des transitions dans l’allure et la mise en main est acquise.

Pour en arriver là, il faut compter entre 4 et 10 semaines de travail, à raison de 5 à 6 séances par semaine.

Mais prenons les choses dans l’ordre et voyons d’abord les prérequis nécessaires.

Les premières manipulations commencent tôt !

Au Haras de Hus, les apprentissages de base commencent 15 jours après le sevrage. Le poulain est d’ailleurs sevré entre 8 et 12 mois.

En savoir plus : Le sevrage des poulains, une fausse bonne idée ?

Après le sevrage et pendant une semaine, les poulains découvrent les manipulations de base. Ils apprennent à respecter le licol et à marcher en main. Ils apprennent à être touchés partout. Le contrôle des pieds est également abordé.

Ce travail est répété pendant une semaine à 1 an et encore une semaine à 2 ans. Selon l’utilisation future du cheval, il sera débourré entre 2,5 ans et 3,5 ans.

Pour Sophie Bolze, éleveuse de poneys Connemara dans le Loiret, les manipulations commencent avant même le sevrage :

“Pour les premiers apprentissages, j’utilise beaucoup la mère. Je leur apprends comme ça à marcher en main, aller à la douche, aller dans l’étang, découvrir la carrière, passer sur le bidet … Tout se fait avec la mère. C’est très efficace, beaucoup plus rapide et les bénéfices se ressentent vraiment au débourrage.”

Vous pouvez retrouver Sophie Bolze sur la page Facebook de l’élevage ainsi que sur son site web.

Pour un bon débourrage, l’état physique du cheval doit être pris en compte

Qui dit débourrer son cheval dit début d’une activité physique plus intense. Le cheval peut donc être amené à maigrir. Particulièrement quand les chevaux subissent un changement d’environnement, ce qui est le cas quand les chevaux arrivent au Haras de Hus pour le débourrage.

“Pendant le débourrage, les chevaux ne doivent pas être sur la réserve. Pour ça je préfère avoir des chevaux en très léger surpoids au départ plutôt qu’un peu maigres pour éviter qu’ils ne perde trop d’état. Ils sont nourris avec du foin à volonté et des concentrés à des doses légèrement plus hautes que les chevaux au travail régulier.” Sébastien Jaulin

Le cheval passe également un bilan locomoteur complet avant le débourrage. Il s’agit d’une part de ne pas débourrer un cheval qui y serait inapte et sinon de bien connaître les petites particularités éventuelles avant de débourrer. Ces particularités là, comme les conflits de processus épineux par exemple, sont prises en compte dans le débourrage. Ces chevaux nécessitent une attention particulière et le travail est adapté en conséquence.

Enfin, un bilan dentaire doit être effectué avant et les dents de loup retirées.

Le déroulement du débourrage du cheval

Venons en aux faits. Quand le débourrage se passe sur 4 semaines, le cheval est travaillé 5 à 6 fois par semaine, et sorti 2 fois par jour : une fois pour le travail avec le cavalier et une fois au paddock ou au marcheur.

Voyons un peu le programme.

Semaine 1 📅

La première semaine consiste à faire du travail au sol approfondi.

Ça passe notamment par le contrôle de pied. Le cavalier doit être capable de contrôler les quatre pieds du cheval indépendamment les uns des autres.

Le cheval est également désensibilisé aux manipulations classiques et à divers stimuli comme le drapeau, la bâche, jeter la longe par dessus l’encolure etc.

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Désensibilisation au drapeau – Photo : Sébastien Jaulin / Haras de Hus

Le but de cette première semaine est donc de mettre le cheval en confiance dans son environnement, et d’atténuer au maximum ses réflexes de fuite face aux éléments inconnus.

Votre cheval après la première semaine de débourrage

⚠ C’est une étape cruciale pour la suite qui peut très vite être loupée si on s’y prend mal. Typiquement, quand le débourrage dure 10 semaines au lieu de 4, c’est “à cause” de cette étape là. C’est clairement la plus délicate.

Semaine 2 📅

Au programme de la deuxième semaine : découverte du matériel, du montoir et ponying.

Dans un premier temps, c’est le travail de désensibilisation de la bouche qui est abordé. Le cheval découvre le filet et le mors. Il découvre également la longe et les longues rênes.

C’est ensuite le dos qui est désensibilisé. Le cheval découvre le surfaix puis la selle. Rapidement vient le travail du montoir, à gauche et à droite et non tenu s’il vous plaît !

Enfin, et ça je trouve que c’est le plus impressionnant : le ponying. Il s’agit de monter sur un vieux cheval et de tenir le jeune en licol à côté du vieux cheval. Le cavalier et les deux chevaux partent comme ça en extérieur !!

Oui oui, vous avez bien lu, en extérieur. Genre sur une piste de galop et tout !! 😳

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Le Ponying – Photo : Sébastien Jaulin / Haras de Hus

En fait, le principe c’est d’habituer le jeune à voir un autre cheval monté et de voir le cavalier en hauteur. Ca permet également de voir si le cheval a des problèmes de sociabilisation et de tester ses réactions à l’environnement.

Si le travail a été bien fait jusque là, il n’y a pas de réaction violente ! En effet, le but même de la première semaine était de mettre le cheval en confiance et de le désensibiliser pour qu’il apprenne à ne plus fuir.

Moi, la première fois que j’ai entendu parler du Ponying

Semaine 3 📅

Une fois que tout ça est acquis, tout le monde à cheval et go en extérieur ! 🏇🏻Il s’agit maintenant d’apprendre au cheval les bases de l’impulsion, de la rectitude et de l’attitude !
Aussi, comme les chevaux qui sont débourrés au Haras de Hus sont des chevaux destinés à une carrière sportive,  ils doivent apprendre tout de suite la notion de l’effort. Ça peut être testé en faisant par exemple 4km de trot ou de galop sur la piste en forêt. Ce travail en extérieur permet donc de tester leur comportement hors de leur zone de confort.

Semaine 4 📅

Pour finir, le cheval découvre le travail en carrière. L’idée c’est qu’à la fin de cette semaine le cheval connaisse les aides et le travail de dressage de base.
Le but c’est donc d’avoir un cheval qui sait faire des cercles avec réponse à la jambe intérieure. La nuque est stabilisée, le contact est de qualité. Le cheval fait des transitions dans l’allure.

“Quand le cheval est en confiance et qu’il attend la demande, le travail de dressage est très rapide. Ca nécessite toutefois qu’il soit calme, relâché et qu’il ne cherche pas à fuir.” Sébastien Jaulin

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4ème semaine de débourrage – Attention, monter sans casque c’est dangereux ! Photo : Sébastien Jaulin / Haras de Hus

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Quels sont les facteurs qui influent sur le débourrage du cheval ?

On peut citer 4 facteurs qui peuvent rendre le débourrage plus facile ou au contraire plus difficile.

  • L’expérience du cavalier

Ça tombe un peu sous le sens mais c’est quand même suffisamment important pour être mentionné.

L’expérience du cavalier et des personnes qui manipulent le cheval va faciliter ou compliquer le débourrage.

En fait ce sont des petits détails qui vont influer sur le comportement du cheval et sur la facilité que l’on aura à le désensibiliser. Le problème c’est que quand on est pas formé à ces méthodes, on a vite fait de faire des bêtises … Faites-vous accompagner pendant toute l’éducation de votre jeune cheval ! C’est primordial !!

  • L’éducation et le vécu du cheval avant le débourrage

Selon le mode d’éducation que le cheval aura reçu avant le débourrage, celui-ci pourra être plus ou moins compliqué.

Ainsi, les chevaux trop gâtés (le cheval à sa mémère – je m’inclus à 100% dedans 🙄) sont plus difficiles à mettre à l’effort et sont facilement “pot de colle”.

Au contraire, les chevaux très peu manipulés respectent beaucoup mieux “l’espace vital” du cavalier mais sont aussi plus difficiles à désensibiliser.

En dehors de l’éducation au sens strict du terme, le vécu du cheval influe aussi énormément.

  • La génétique

“On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille” 🎤

Et oui, la génétique influe sur la facilité du débourrage du cheval. Selon les origines, les chevaux vont être plus délicats, ou au contraire plus difficiles à mettre à l’effort.

Par exemple, les purs-sangs vont être plus délicats à désensibiliser mais n’ont aucun problème avec l’effort.

Le caractère de la mère et du père influe aussi ! Si vous souhaitez mettre votre jument à la reproduction, renseignez-vous bien sur le caractère de l’étalon !

  • Le matériel

Le débourrage c’est LE moment où les chevaux construisent leur relation avec le cavalier. Du coup, si la première selle qu’on leur met est “la selle pourrie des débourrages” qui ne leur convient pas du tout voire qui leur fait mal parce qu’elle appuie sur le garrot, et bien ils vont directement faire l’association {selle = douleur}. Bien sûr, cette douleur peut être empirée avec la présence du cavalier.

D’où l’importance d’accorder un peu d’attention au matériel que l’on utilise au débourrage.

En savoir plus : Un mauvais amortisseur fait autant de mal qu’une mauvaise selle

Et : Faites-vous partie des cavaliers qui ont une selle mal adaptée à leurs chevaux ?

 

“Depuis plus de 30 ans que je fais de l’élevage, c’est toujours moi qui ait débourré mes poulains. Ils naissent chez moi, je les manipule depuis leur naissance, c’est moi qui leur apprend tout. On les débourre chez eux, endroit qu’ils connaissent parfaitement, ils sont donc en confiance. Le débourrage en lui même n’est donc qu’une formalité ! C’est d’autant plus vrai avec les Connemaras que l’on débourre en 5 séances. Les PFS avec une origine cheval sont un peu plus délicats.”
Témoignage de Sophie Bolze qui résume bien la problématique du débourrage ! 

Conclusion

Le débourrage du cheval correspond au début de la carrière sportive du cheval. C’est aussi son premier contact avec l’équitation. Cette expérience doit donc être la plus agréable possible, sans quoi, la suite de sa carrière risque d’être très compliquée !
Pour y arriver, il est nécessaire d’avoir une bonne connaissance de l’apprentissage chez le cheval et d’être bien encadré dès le début ! Il vaut donc mieux faire appel à un professionnel dès le début plutôt que de tenter le diable à vouloir le faire seul !

Si vous souhaitez en savoir plus sur le débourrage du cheval et l’éducation façon éthologie, sachez que le Haras de Hus organise événement le 27 septembre sur ce thème là. Cette journée se déroulera en compagnie d’Andrew McLean, chercheur australien et auteur de nombreuses études et ouvrages sur le sujet. Ça va être passionnant !! ⇒ Plus d’informations ici

Et sinon, vous qui avez de l’expérience, vous le faites comment le débourrage ?? Partagez nous vos histoires !

Camille Saute
Cofondatrice d’Equisense

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Camille Saute
"Mes études d'ingénieur et ma curiosité insatiable ainsi que le contact privilégié avec des vétérinaires et des chercheurs m'ont permis d'acquérir des connaissances qui ont radicalement changé ma façon d'interagir avec ma jument et de monter à cheval. J'ai vraiment envie de partager tout ça avec vous :)"

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Christina Guntert
Invité
Christina Guntert

Attention de ne pas confondre « mise en main » et « mise sur la main ». C’est cette deuxième qui peut être abordée au débourrage, càd que le cheval accepte un contact stable avec la main. La mise en main est le résultat d’un rassembler (supérieur) et ne pourra être étudié que bien plus tard.

Je m’interroge également à quel moment, dans la méthode présentée ci-dessus, sont abordé les aides de bases (avancer, ralentir / arrêter, tourner) – avant de partir monté ex extérieur tout de même ?!

Sarah O
Invité
Sarah O

Bonjour, Je me permet de répondre à votre question. Tout d’abord, merci à Equisense pour cet article. Je tiens néanmoins à préciser que ce dernier n’apporte que les grandes lignes du travail fait par Sébastien avec les jeunes chevaux. Pour ce qui est de l´apprentissage des aides élémentaires, tourner, changer d’allure et le contôle de la vitesse, il est d’abord initié lors du travail au sol. On apprend dans un premier temps au cheval des codes vocaux en liberté pour contrôler son allure, que l’on assimilera plus tard aux aides naturelles une fois sur son dos, en ponying. Pour ce… Read more »

Inès L
Invité
Inès L

Bonjour, pour apporter un témoignage je suis entrain de débourrer mon entier welsh K de façon éthologique (horsemanscience by Andy Booth) et il n’y a pas à dire, ça fait des miracles. J’ai pris le parti de faire des séances espacées donc il n’est pas débourré en 4 semaines, mais il a accepté la longe, la selle, les longues rênes, le cavalier comme si de rien n’était. en moins de 10 séances il part en balade en licol et enchaîne des barres au sol. Je n’ai pour l’instant pas été confrontée à de la peur ou de la panique de… Read more »

BERNARD
Invité
BERNARD

Merci pour cet article intéressant et la qualité de votre blog en général. Une petite erreur à noter cependant, concernant « Sébastien Jaulin, éthologue »… A ma connaissance Sébastien n’a pas de diplôme scientifique et ce titre ne peut donc lui être attribué, ce qui n’enlève rien à la qualité de son travail. C’est une erreur courante qui apporte de la confusion dans la filière. Entraîneur, éducateur équin, éventuellement comportementaliste équin, ou tout autre qualification aurait été plus juste.